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Fondation Trésor Utrecht

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numéro 30, février 2010 (extrait)

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Des pièges photos à Trésor

L'Association Kwata a choisi cette année la montagne de Kaw comme terrain d'étude pour son programme SPECIES (Suivi des Populations des Espèces Charismatiques d'Intérêt Ecologique et Scientifique).

Celui-ci, porté par le WWF et réalisé par Kwata, reçoit des financements européens et nationaux (ministère de la Recherche). Techniquement, plusieurs pièges photographiques sont installés à des endroits clés distants les uns des autres de telle sorte que l'animal étudié prioritairement à savoir le jaguar (Panthera onca) ne puisse pas déclencher deux pièges au cours d'une même journée. La robe de chaque félin présente des motifs propres, ainsi l'analyse fine des photographies permet de différencier chaque individu. Avec le temps, il devient possible de suivre le parcours d'un même individu si celui-ci actionne diverses stations, une estimation du nombre d'individus différents fréquentant la zone et bien d'autres résultats statistiques et écologiques...


Jaguar (Panthera onca)

Raton crabier (Procyon cancrivorus)
©KWATA/WWF: Programme d'étude SPECIES 2009 ©KWATA/WWF: Programme d'étude SPECIES 2009

Au total, une quinzaine de stations-pièges a été installée sur le massif forestier de Kaw. Trois sont comprises dans la réserve Trésor. Bien que l'étude ne soit pas encore terminée, nous n'avons pas pu résister à l'envie de vous présenter les premiers clichés obtenus sur notre site. Ce jaguar a été photographié à quelques mètres de la maison de la nature de Trésor.
Le raton crabier (Procyon cancrivorus) a été surpris dans le bas de la réserve. C'est la toute première mention de l'animal pour la réserve Trésor. Peu de temps auparavant, il avait été contacté en utilisant également la technique des pièges photographiques au sein des réserves naturelles des Nouragues et de la Trinité. Toutes deux sont situées dans l'intérieur de la Guyane. Cette espèce que l'on pensait cantonnée aux mangroves du Littoral serait donc bien plus présente qu'on ne le supposait.



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Observation exceptionnelle à Trésor

Jef Szpigel

Le Clathre rouge, appelé aussi Cœur de Sorcière, (Clathrus ruber) est en Guyane française encore plus rare qu'en Europe. Récemment on l'a rencontré dans la Réserve Trésor. Un mycologue local qui est venu le voir était très enthousiaste: c'était pour lui la première observation en Guyane française.

Sur les photos vous pouvez voir les différentes phases de développement du champignon, de l'œuf jusqu'à la forme finale.


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Benoît Villette
photo _

Je me présente, Benoît Villette

Bonjour,
Je me présente, Benoît Villette ancien étudiant en Biologie de Marseille, intéressé depuis toujours par les milieux naturels et leur habitants.
Je me suis rendu en Guyane à plusieurs occasions depuis 2005 et pour un naturaliste amateur comme moi je suis tomber littéralement amoureux de la forêt Guyanaise. Mais ce n'est qu'en mai 2009 que j'ai découvert réellement la réserve naturelle Trésor et ses membres.
Je venais de finir un Master en toxinologie au Muséum National d'Histoires Naturelles de Paris et espéré sincèrement pouvoir faire un bout de chemin en Guyane.
C'est à ce moment que l'équipe de l'association Trésor a lancé un appel d'offre pour rechercher quelqu'un qui pourrait faire un petit suivi des Dendrobates tinctorius sur la réserve. Passionné par les amphibiens et les reptiles avec une tendresse particulière pour la famille des Dendrobatidés, cette annonce était faite pour moi. Cette première approche plus que satisfaisante pour moi, a été suivie par la réalisation des IKA en août dernier (Indices Kilométriques d'Abondance), et depuis décembre 2009, je suis de retour en Guyane avec l'équipe de la réserve Trésor pour prêter main forte à Jef en attendant le retour de Charlotte fin août 2010.
A mon plus grand bonheur!!

Ben









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De votre correspondante à Copenhague

Pita Verweij


La forêt de la Réserve Trésor fixe d'après les estimations annuellement
3000 - 17000 tonnes de CO2
photo Foto Natura
Les espérances étaient grandes. A Copenhague cela s'accomplirait. Deux ans de pourparlers et de préparations aboutiraient lors du sommet climatique à un accord juridiquement contraignant, comme suite au Protocole de Kyoto. Quelle réduction des émissions de gaz à effet de serre devrait réaliser chaque pays d'ici à 2020, et d'ici à 2050, afin de lutter contre le changement climatique mondial? Une diminution de la pollution et de la déforestation est extrêmement urgente maintenant que les concentrations de gaz à effet de serre continuent à augmenter à un rythme alarmant, et qu'une solution semble encore être tout juste du domaine du possible. Les changements climatiques aggravent déjà aujourd'hui la pauvreté, la faim, la perte de biodiversité, le manque d'eau et les conflits armés.

J'avais l'honneur d'être membre de la délégation gouvernementale des Pays-Bas qui participait aux négociations à Copenhague pendant la semaine du 13 au 17 décembre. Le 'Nederlandse Vrouwenraad' (Conseil des Femmes Néerlandais) (organisme central auquel se rattachent 48 organisations) m'avait sélectionnée comme représentante des femmes après une procédure d'embauche minutieuse. Une opportunité unique me permettant de jeter un coup d'œil dans la cuisine d'un procès de négociations historiques et exaspérantes. De faire la connaissance du premier ministre Balkenende, du ministre Koenders, d'échanger amplement des points de vues avec la ministre Cramer, le président de la Finlande, un sénateur philippin, un congressiste américain. Et d'assister dans le train à Copenhague à un concert spontané du chanteur de 'Idols' Boris et de me loger dans le même hôtel qu'Arnold Schwarzenegger ('I'll be back..').

Il s'ensuivit un procès énervant, une semaine pendant laquelle la tension était à sa comble: y aura-t-il un accord? Enfin, vous avez pu le suivre dans les médias. Que l'accord politique qui en résulta fut maigre, cela a été rapporté en détail. Heureusement il y a aussi des lueurs d'espoir. Sur le terrain de la protection des forêts on a avancé considérablement. Dans le cadre du soi-disant mécanisme REDD (Reduced Emissions from Deforestation and forest Degradation, voyez aussi Trésor Nieuws 26) une valeur sera accordée aux réservoirs de carbone stockés dans les forêts tropicales. Les pays qui réussissent à baisser leur rythme de déforestation, seront rémunérés par les pays plus riches. Sur de plus en plus de points de négociation, encore entre crochets dans le projet de texte, on s'est mis d'accord, de façon que finalement subsista un texte " propre ".

Un des points de dissension les plus importants du texte REDD traitait du niveau auquel le ralentissement de déforestation peut être défini et rémunéré. Seulement au niveau des pays, afin de combattre ainsi le déplacement de la déforestation à d'autres régions («leakage»)? Ou également sous-national, au niveau des régions dans un pays? La Colombie, un pays qui, par une guerre intérieure et une guérilla ne contrôle pas de vastes régions dans son propre pays, plaida cette dernière option. Les Etats-Unis aussi, et c'est cela qui a été mis finalement dans le texte. Les Etats-Unis eurent souvent le dernier mot, ce pays monopolisa la parole lors des négociations et Obama sut revendiquer astucieusement le succès de l'accord pendant une conférence de presse, à un moment o¨ la plupart des pays devait encore se prononcer sur le texte de l'accord.

Mais c'est un fait que les Etats-Unis sont finalement montés à bord et qu'ils engageront dès maintenant la compétition avec la Chine dans le débat sur le climat et sur le plan d'une technologie propre. Puisque les Etats-Unis et la Chine ensemble sont responsables d'environ 40% des émissions mondiales, c'est un lueur d'espoir important. C'est la première fois que les deux pays ont annoncé des réductions d'émissions, si maigres qu'elles soient. En attendant, le monde devra se débrouiller avec la silhouette d'un nouvel accord. C'est l'amorce vers un accord juridique, lequel sera négocié cette année jusqu'à obtenir un résultat. A partir du premier janvier dernier, dix milliards de dollars devraient être disponibles annuellement pour des mesures dans les pays en développement, y compris les fonds REDD. Cette somme devra monter jusqu'à cent milliards de dollars annuellement en 2020. REDD fait partie du soi-disant «Copenhagen Green Climate Fund». Avant que tout ceci soit obligatoire, il faudra y avoir un accord climatique contraignant et il est évident que c'est extrêmement complexe de conclure un accord avec tant de pays.
Pita Verweij est conseillère scientifique de la Fondation Trésor et travaille à l'Institut Copernicus de Développement Durable et Innovation; ses recherches se dirigent vers des thèmes comme emploi de terre, biodiversité, climat et forêts, et bioénergie.

Entre-temps la déforestation continue à vive allure, avec des conséquences destructives. En attendant il faudra que plus de fonds soient disponibles pour la préservation des forêts par le biais d'initiatives privées comme le marché volontaire REDD, auquel des entreprises peuvent participer. Et Trésor est évidemment aussi un magnifique exemple à suivre!

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Astyanax keithi

Hoplias malabaricus

Sternopygus macrurus

Premier inventaire ichtyologique
de la Réserve Naturelle Régionale Trésor


Analyse de l'eau
Grâce aux prospections régulières des gardes et membres de l'association Trésor, mais aussi avec l'appui toujours important de naturalistes locaux ou de passage, de scientifiques ou d'amateurs éclairés, les connaissances sur les peuplements floristiques et faunistiques de la Réserve Naturelle Régionale Trésor augmentent sans cesse et sont régulièrement mises à jour. On compte aujourd'hui 1100 espèces de plantes, 101 espèces de mammifères, 117 d'amphibiens et reptiles, et plus de 310 d'oiseaux recensés sur les 2464 hectares de la réserve.
Mais à ces nombres impressionnants témoignant de la grande richesse du site, une liste fait cruellement défaut. Et pas des moindres puisqu'il s'agit du seul groupe de vertébrés manquant qui pourtant totalise en Guyane plus de 480 espèces: les poissons. Ce groupe prépondérant dans quasiment tous les milieux aquatiques avait été un peu «oublié» faute de moyens et surtout des connaissances appropriées dans le domaine.


Echantillonage
Avec le soutien financier de la D.I.R.E.N. Guyane, l'équipe Trésor a pu s'acquérir des compétences d'une équipe d'ichtyologues du laboratoire Hydreco de Petit Saut pour réaliser en notre présence le premier inventaire de la faune piscicole de la réserve. Comme convenu avec les financeurs et l'éthique de la réserve, il s'est fait sans roténone, molécule tirée de plantes utilisées, entre autres, par les amérindiens pour la pêche et qui a le gros désavantage, même si elle s'est révélée auparavant très efficace, de tuer toute la faune aquatique mise en sa présence. Les techniques d'échantillonnages ont donc été réalisées aux moyens de nasses, filets, seines et épuisettes qui réduisent l'impact sur le milieu et après identification permettent de relâcher les individus sur le site de capture.
Pour cette première expertise, nous avons convenu que le plus intéressant serait de prospecter sur différents secteurs particuliers permettant de couvrir la majeure partie des niches écologiques aquatiques. Nous avons donc retenu cinq sites:
  1. une tête de crique à fort débit dans une ravine encaissée proche du sommet
  2. une zone de vasques d'eau temporaires dans une portion de forêt marécageuse inondable
  3. la crique Favard au niveau de la forêt de flat, à proximité du layon des savanes
  4. la crique Roche
  5. la crique Favard, cette foi au niveau de son affluence avec l'Orapu, limite sud de la réserve
Toutes les identifications ont été faites sur place de jour comme de nuit (certaines espèces sont exclusivement nocturnes) et les individus relâchés ensuite. Seuls quelques exemplaires ont été conservés pour confirmer des identifications aux laboratoires d'Hydreco. Parallèlement, ils ont systématiquement fait une analyse de l'eau et relevé les caractéristiques physiques du milieu prospecté.

Une trentaine d'espèces a été répertoriée, pour le moment rien d'extraordinaire, mais les conditions en ce début de saison des pluies n'ont pas facilité la recherche des poissons. Cette expertise servira de base à une liste vouée (comme c'est déjà le cas pour oiseaux, reptiles, amphibiens, chiroptères,...) à s'accroître rapidement par les observations même ponctuelles de l'équipe Trésor.

Liste préliminaire des espèces contactées sur la réserve

Bryconops affinis


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L'horticulture hollandaise soutient Trésor

Eric Augusteijn

La Fondation Trésor a trouvé l'année passée un très important allié de plus. C'est «Ficus Forever», une association de huit cultivateurs de ficus dans le Westland. Ficus Forever se charge de promouvoir la Réserve Trésor auprès des clients de ses preneurs en France et en Allemagne.

Les membres de l'association Ficus Forever cultivent des plantes (des ficus) pour e. a. des jardineries en France et en Allemagne. Un réseau excellent pour faire connaitre le travail de la Fondation Trésor. Et c'est exactement ce que fait maintenant Ficus Forever. Le dépliant publicitaire de Trésor a été traduit en français et en allemand. Cinq mille de ces dépliants ont été envoyés aux preneurs en France, avec une affiche format A3. On trouve cette affiche actuellement dans beaucoup de jardineries en France. Un client important est la chaine de jardineries françaises Jardiland, qui publiera un bel article sur Trésor dans son revue de mars. Grâce à l'intermédiaire de Ficus Forever, Olivier Tostain s'entretiendra, au nom de Trésor, avec la direction de Jardiland à Paris sur des actions ultérieures. De cette façon d'autres entreprises françaises s'y intéresseront éventuellement aussi. Le climat économique en France semble être mûr.

En Allemagne les dépliants traduits en allemand ont été distribués dans 110 magasins et Trésor sera mentionné dans un dépliant tiré à 14 millions d'exemplaires et distribué sur le territoire allemand tout entier.
Ficus Forever versera à la Fondation 1,5% du chiffre d'affaires dans lequel Trésor joue un rôle.

Ficus Forever, qu'est-ce que c'est?
Il y a dix ans, un certain nombre de cultivateurs de ficus dans le Westland éprouva le besoin d'un label de qualité, certifiant la qualité exclusive et les méthodes vertes de culture. Dans ce but ils ont établi Ficus Forever.
Ils travaillent autant que possible selon des méthodes biologiques, utilisant par exemple le moins possible de produits chimiques et ils appliquent la combinaison chauffage-force motrice, c'est-à-dire que l'excès de chaleur des serres ne sort pas par les fenêtres ouvertes, mais est utilisée utilement.
Et maintenant ils aident Trésor à se faire un nom international. Comment cela a commencé?

C'est Wim van den Berg qui a pris l'initiative.
Il y a deux ans un étudiant gestion et agro-industrie d'une école professionnelle a fait un stage chez un des cultivateurs de Ficus Forever. Il s'appelle Wim van den Berg, il a 24 ans, il descend d'une famille d'horticulteurs du Westland. Après son stage il a terminé ses études, et ayant plu en tant que stagiaire, il fut engagé comme exécutant marketing chez Ficus Forever. L'association cherchait à ce moment-là des moyens pour étaler mieux l'image verte. Quoi faire? Faire rouler les voitures d'entreprise au gaz naturel? Entreprendre quelque chose avec le WWF?


Wim van den Berg dans la serre parmi des milliers de ficus
Wim van den Berg se vit confier la charge de trouver un projet adéquat et c'est par internet et par un article de revue qu'il découvrit la Fondation Trésor.
Il était impressionné par l'univocité, la clarté et la transparence de notre travail et par l'enthousiasme et l'optimisme des bénévoles, notamment de Vijko Lukkien et de Pipasi Jeurissen.

Aussi par ses études, Wim van den Berg vit les possibilités d'une coopération avec un profit mutuel. L'apport de Trésor pourra diriger les intérêts commerciales d'une entreprise vers le côté vert et les moyens accordés par l'entreprise pourront faire croître Trésor. La stratégie des années à venir sera de répéter sans cesse le message de Trésor et de le faire connaitre d'un grand public. L'univocité et la transparence sont des points forts. On pense aussi à faire une bande dessinée pour les enfants avec le message de Trésor. Aussi le site Internet peut se développer dans ce sens et jouer un rôle encore plus important.
Il semble que la coopération entre Trésor et Ficus Forever sera un mariage d'amour fertile. Nous, de Trésor, nous sommes très contents que Wim van den Berg nous ait trouvés. [foto bijschrift]








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Les Oiseaux de la RNR Trésor

Kévin Pineau

Avec près de 350 espèces, la réserve Trésor présente une avifaune riche et variée. Une grande pression d'observation de la part des membres de l'association et de la communauté des ornithologues guyanais est effectuée sur la réserve et plus particulièrement sur le secteur du sentier botanique. Sur ce point il est à souligner le travail accompli par Tanguy Deville et Alexandre Renaudier qui ont très longuement arpenté les sentiers de la réserve à la recherche des oiseaux.

Cet article a pour objectif d'expliquer la diversité des oiseaux de la réserve, mais également de faire un point sur le programme STOC de suivi des oiseaux de sous-bois entrepris dans la réserve depuis plus de 2 ans.

La diversité des oiseaux
Vu le niveau d'inventaire, on peut considérer que l'avifaune du site est relativement bien connue se rapprochant ainsi des sites de forêt primaire les mieux inventoriés. Pour autant l'avifaune de Trésor présente ses propres caractéristiques, voyons les plus en détails.

L'avifaune de la réserve est relativement élevée qualitativement, en effet la mosa´que de milieux présent au sein de la réserve permet de découvrir des oiseaux d'affinités différentes avec notamment un net clivage entre les oiseaux forestiers et les oiseaux de savane. D'une manière générale, les oiseaux dit de savanes sont tout de même moins nombreux que les oiseaux de forêt. Ainsi pour la réserve on peut considérer qu'une tentaine d'espèces sont présentes uniquement dans les savanes ou dans les lisières de savanes: Ammodramus humeralis, Emberizoides herbicola, Sporophila castaneiventris, Sporophila minuta, Oryzoborus angolensis, Schistochlamys melanopis, Tachyphonus phoenicius, Polytmus theresiae, Chrysolampis mosquitus,... mais également le très rare Xenopipo atronitens pour lequel la réserve constitue l'une des seules stations connues de Guyane.

Certains oiseaux sont présent quand à eux de manière exceptionnelle au niveau de la crête de la montagne: Circus buffoni, Coragyps atratus, Fregeta magnificens. La raison principale de la présence de ces oiseaux erratiques vient de la position géographique de Trésor. La plaine de Kaw présente au nord de la montagne draine un certain nombre d'oiseaux poussés par les vents venant du bord de mer.

Enfin le peuplement des oiseaux forestiers, présente un cortège d'oiseaux très communs et classiques de forêt primaire. Ainsi les passereaux typiques des rondes de sous-bois sont bien représentés: Thamnomanes caesius, Myrmotherula axillaris, Myrmotherula gutturalis,... De même les passereaux suivants les nappes de fourmis itinérantes sont communs à Trésor: Pithys albifrons, Gymnopithys rufigula,... La guilde des frugivores est également bien inventorié avec les Psittacidés, les Thraupidés,...

A ces oiseaux communs et classiques de forêt primaire, on constate la présence d'espèces beaucoup plus rares avec des densités faibles et/ou des espèces présentes de manières saisonnières: Myrmornis torquata, Contopus cooperi, Procnias alba, Piculus rubiginosus,...

A fin de parfaire l'inventaire des oiseaux de Trésor, un effort doit être entrepris pour mieux échantillonner les oiseaux des savanes mais surtout toutes les zones de forêts ripicoles et marécageuses jouxtant la rivière Orapu. En effet cette zone est très largement sous inventorié et mériterait que l'on s'y attarde afin d'y trouver des espèces originales et typiques de ces milieux.

Un point sur le programme STOC
Cette étude essaye de répondre à cette question:
La dynamique (et ses composantes) des populations d'oiseaux de sous-bois est-elle stable dans le temps ou y a-t-il des variations inter-annuel et intra-annuel ?

Pour résoudre à cette problématique, cette étude est réalisée dans la réserve naturelle Trésor sur une durée de 3 ans et basée principalement sur la méthodologie de capture-marquage-recapture et inspirée plus particulièrement du protocole STOC-Capture métropolitain.

Cette méthode est basée sur un échantillonnage standardisé répété de session en session, l'échantillonnage se faisant par capture-marquage-recapture. Cependant, afin d'adapter le protocole au milieu tropical, les sessions ont lieux tous les deux mois sur une surface de 4 ha dans lesquels sont disposés 40 filets de 12 mètres. Les filets étant ouverts 12 heures. Dans la pratique, tous les individus capturés sont marqués à l'aide d'une bague métallique du muséum d'histoire naturelle de Paris. Seuls les colibris (Trochilidées) ne peuvent faire l'objet d'un marquage par manque de bagues spécifiques, en effet aucune bague du muséum ne s'adapte à leur petite taille de tarse. Certaines espèces, notamment les insectivores marcheurs de sous-bois, sont également marqués à l'aide d'une bague couleur pour permettre un suivi visuel par la suite.

Chaque oiseau capturé est ensuite examiné et un certain nombre d'éléments sont notés:
  • Sexe, âge
  • Mesures biométriques: longueur d'aile, longueur des rectrices, mesure du bec, masse?
  • Critères de reproduction: présence / absence de plaques incubatrices et de protubérances cloacales
  • Autres: état de la mue, adiposité
Cette étude est l'une des premières en DOM-TOM. De manière générale, très peu de sites de forêts tropicales sud-américaines ont fait l'objet d'un suivi aussi standardisé, intensif et répété dans le temps.

Bilan après 2 ans de suivi

Rendement des captures
Sur les 11 sessions de capture pleinement réalisées (1 étant annulée à cause de la pluie), nous avons pu capturer 988 oiseaux, soit une capture moyenne de 88 oiseaux par sessions. Cela correspond à un taux de rendement (nombre d'individu/mètre de filet/heure) de 0.015 individu/mètre/heure. Ce chiffre reflète un rendement relativement faible en comparaison d'autres études menées en forêt guyanaise: 0.019 individu/mètre/heure sur le site de la réserve biologique domaniale de Lucifer (Claessens & Pineau, 2006), 0.043 individu/mètre/heure sur le site du camp A´mara de la réserve naturelle de la Trinité (Claessens, 2004). A noter tout de même que les sessions de captures sur ces sites se déroulent aux heures a priori les plus favorables de la journée, début de matinée et fin d'après-midi.

Concernant la variation annuelle, on se rend compte que la première année a eu un rendement plus élevé que la seconde année. En effet en année 1 le taux de rendement était de 0.0188 alors qu'en année 2 il est de 0.0124 individu/mètre/heure.

Richesse spécifique
En deux ans d'étude, 52 espèces ont fait l'objet d'une action de baguage, excluant donc les colibris (6 espèces). Les 52 espèces se répartissent en 18 familles différentes.

Effectif par espèces
Le graphique ci-dessous illustre une tendance classique en milieu tropical qui consiste à avoir un petit nombre d'espèces très communes et une part importante d'espèces à faibles effectifs. Cette tendance se retrouve dans la majorité des groupes de vertébrés néotropicaux (Blake & Loiselle, 2009, Simmons & Voss, 1998).
Dans le cas présent, 4 espèces (Pipra erythrocephala, Glyphorynchus spirurus, Mionectes macconnelli et Lepidothrix serena) représentent plus de 50% des captures. A l'inverse 19 espèces on fait l'objet de moins de 2 captures.



Effectifs par familles
Si l'on considère le nombre d'espèces capturés par familles, la famille la plus diversifiée est celle des Thamnophilidées avec 18 espèces suivies des Tyrannidés (N=5), Pipridées (N=5) et Furnaridées (N=4). A noter que 8 familles sur les 18 présentes ne sont représentées que par une seule espèce.
Par contre si on prend en compte le nombre de captures par familles, les Pipridées deviennent dominant avec 303 captures, les Thamnophilidées occupant ainsi le deuxième rang avec 285 captures.
Ainsi les Thamnophilidées sont dominant en richesse spécifique et les Pipridées, dominant en effectif.

Les recaptures
Sur les 988 captures d'oiseaux, 299 sont des recaptures, c'est-à-dire des oiseaux déjà marqués. A noter qu'aucune recapture extérieure à la zone d'étude n'a été constatée. Ce taux de recapture proche des 30% est relativement élevé.

Pour autant, si l'on considère les 3 espèces numériquement dominante on retrouve des situations différentes, avec 7% de taux de recapture pour Pipra erythrocephala, 9% pour Mionectes macconnelli et plus de 50% pour Glyphorynchus spirurus.

P. erythrocephala et M. macconnelli avec des taux de recapture très faibles appartiennent à la guilde des omnivores de sous-bois avec une part de frugivorie dans leur régime importante. La disponibilité en fruits au long de l'année est très variable, ce qui pourrait expliquer des variations dans la présence de ces espèces sur le site d'étude. A l'inverse, G. spirurus est un insectivore très territorial, avec une disponibilité alimentaire plus stable.



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